Au stade Geoffroy-Guichard (Saint-Etienne),

Une véritable scène de crime balisée, accompagnée d’une banderole énigmatique « Qui a tué l’ASSE ? », avec trois suspects clairement établis : Roland Romeyer, Bernard Caïazzo et Jean-François Soucasse. Voici l’escape game offert par les ultras de Saint-Etienne, mardi soir près du stade Geoffroy-Guichard, avant un match contre Laval (15e) quasi vital pour ne pas sombrer dans le National. Co-recordman du nombre de titres de champion de France avec le PSG (10 de 1957 à 1981), l’AS Saint-Etienne est en effet au plus mal, malgré son court succès (1-0) du soir, en position de lanterne rouge en Ligue 2 indigne de son histoire.

A plus de 3 heures du coup d’envoi, Michel et Marie-Christine ont pris place avec leur petit-fils Loïs dans le musée des Verts qui a accueilli plus de 300 000 visiteurs depuis son ouverture en décembre 2013. Installés devant un grand écran, ils se délectent dans les images de l’exploit européen de 1976 face au Dynamo Kyiv (3-0 ap). La raison de leur périple de 600 km en camping-car depuis Vitré (Ile-et-Vilaine) est presque autant dans cette plongée dans les années mythiques de la bande à Robert Herbin que dans cette 18e journée de Ligue 2.

Venus de Bretagne en camping-car, Marie-Christine, Michel et Loïs ont pu vibrer au résumé de quelques-uns des plus gros matchs de l’ASSE en Coupe d’Europe, au musée des Verts. – Jérémy Laugier / 20 Minutes

La cicatrice du barrage face à l’AJ Auxerre

« Je me souviens de toutes les actions de ces matches de Coupe d’Europe comme si c’était hier, note Michel. C’est bizarre de voir à quel point le club est tombé aujourd’hui. Lanterne rouge de Ligue 2 désormais à quatre points du premier non relégable Rodez, l’ASSE poursuit son inexorable chute, dans le sillage de la relégation de Ligue 1, après un barrage retour apocalyptique face à l’AJ Auxerre, ponctué de trois points retirés et de quatre matchs de retard. portes closes. Une soirée qui en dit long sur les maux de Saint-Etienne en 2022, sur et en dehors du terrain.

“On a pris des gaz lacrymogènes de partout, et face aux pavés jetés vers les CRS, on a dû se protéger la tête avec des planches”, regrette Hervé Boulanger (66 ans), qui vend des maillots ASSE le soir. jeux depuis près de 20 ans. Stéphanois pur et dur, celui-ci a été le gardien des Verts dans les catégories jeunes, avant de travailler chez Manufrance… puis d’assister à la fameuse finale de la Coupe d’Europe des clubs champions, en 1976 à Glasgow (0-1 contre le Bayern Munich). La combi ultime. « Avant même d’avoir 10 ans, je complotais avec mes amis pour descendre de Montreynaud, afin d’aller voir les matchs au Chaudron à l’insu de mes parents », s’amuse-t-il.

Quand un garçon de 7 ans se moque des paroles de Monty

La nostalgie semble être omniprésente dans le Forez, quand Hervé tente de se remémorer la chronologie des gardiens du club, entre Curkovic et Castaneda, quand plusieurs spectateurs se mettent à fredonner de tendresse Johnny représentant, le tube de Mickey 3D, ou encore dans les rayons de la boutique des Verts, où l’emblématique ex-capitaine Loïc Perrin a développé la collection de T-shirts et casquettes numéro 24. Venu de Montbrison (Loire) avec ses enfants Nino (7 ans vieux) et Martin (4 ans), Mathieu (39 ans) a plutôt opté pour des casquettes vertes dans son panier. Il est quasiment le premier surpris à braver le froid, un mardi soir, pour infliger un match obscur entre les 15e et 20e de Ligue 2.

« Je me suis dit que je ne regarderais plus nos matchs après notre relégation en mai dernier, confie celui qui a découvert le Chaudron dans les années 1990. Mais au final, la passion demeure malgré toutes les épreuves. C’est assez surprenant mais il y a quelque chose de viscéral. Ce qui l’a poussé à emmener son fils cadet pour la première fois à Geoffroy-Guichard mardi, alors qu’il aurait pu se douter qu’il n’y aurait pas le moindre tir cadré pendant toute la première période bien pathétique.

Dans la voiture, je m’amusais à faire écouter aux enfants « Qui est le plus fort ? Bien sûr, ce sont les greens » de Monty. Bon, mon garçon de 7 ans s’est moqué de moi car il n’est pas dupe de notre niveau. Je n’ose pas imaginer une descente inédite en National. Pour les jeunes générations, l’identification au club serait encore plus difficile si on est à ce point au fond du trou. »

“Nous avons du sang vert”

Non loin de là, bien qu’abattu par la situation actuelle à l’ASSE, Humphrey (49 ans) est très fier d’avoir été accompagné de son fils Thomas (20 ans) de Vierzon (Cher, 350 km), comme c’est régulièrement le cas depuis plus d’un une décennie. “Thomas est tombé tout petit dans le Chaudron, et nous ne changerons jamais nos couleurs : nous avons du sang vert”, proclame Humphrey. Une passion débordante déjà déjouée lorsque les Verts ont flirté deux fois avec le National en 1997 et 1998, avant de s’en sortir lors de l’ultime journée (17e de L2 les deux fois)… puis de remonter en Ligue 1 la saison suivante.

Un autre message ciblant les coprésidents Bernard Caïazzo et Roland Romeyer a été déposé mardi auprès du kop sud du Chaudron. – Jérémy Laugier / 20 Minutes

Mais à l’époque, le Chaudron affiche complet, comme en octobre 1998, lorsqu’il réunit 90 000 spectateurs lors de trois matches consécutifs (en L2 et pour la défunte Coupe de la Ligue). Mardi soir, ils étaient à peine 13.000 supporters, notamment à cause du boycott réclamé depuis la reprise post-Coupe du monde par les principaux groupes (kops du nord et du sud), qui réclament toujours le départ des co-présidents Roland Romeyer et Bernard Caïazzo.

“On passe à des étapes improbables et on perd”

Une morosité ambiante qui n’empêche pas des scènes plutôt surréalistes, y compris dans cette saison avec seulement 4 matchs gagnés sur 18 en L2. “Le 30 décembre, une jeune femme est venue spécialement de Brest avec son petit ami : elle lui avait offert une place pour le match contre Caen (1-1) et le musée des Verts comme cadeau d’anniversaire, raconte Laurent Chastellière, le responsable du musée . Ce genre d’exemples prouve à quel point l’engouement pour ce club reste extraordinaire. Je n’oublie pas qu’il y a quatre ans, Lens languissait en Ligue 2, et qu’en 2017, on affrontait Manchester United en Ligue Europa… »

Le fanion des Diables rouges est là pour en attester dans le musée, mais cette aventure contre Zlatan Ibrahimovic et les siens semble si lointaine désormais. Parcours européens, Eric Chovier (47 ans), qui assure que “toute sa vie s’est construite autour de l’ASSE”, n’en a raté aucun des années Galtier. Que ce soit à Old Trafford, mais aussi en Azerbaïdjan ou en août 2013 contre le FC Milsami, à Orhei (Moldavie), après un voyage… de plus de 50 heures de bus !

Christophe Galtier avait trouvé mon voyage tellement incroyable qu’à partir de là, il me faisait systématiquement monter dans le bus de l’équipe pour me permettre d’assister à l’entraînement de l’ASSE avant chaque match de Coupe d’Europe à l’étranger, puis il me ramenait à mon hôtel, sourit ce professeur d’espagnol vivant au Puy-en-Velay (Haute-Loire). Ce sont des souvenirs incroyables. A l’époque, nous ne pensions jamais revivre une telle situation de crise, mais nous sommes allés de désillusion en désillusion. Notre descente aux enfers est terrible, on passe à des étapes improbables et on perd, on creuse, on creuse, pendant que Christophe Galtier entraîne Messi. »

“Le climat était un peu hostile”

Un constat aussi glacial qu’une intervention d’Etienne Green ou de Matthieu Dreyer devant leur ligne de but cette saison. Le récent renfort urgent de Gautier Larsonneur (ex-Brest et VA) à ce poste fait partie des bonnes nouvelles de la soirée du côté de Saint-Etienne, tout comme le retour fracassant de Jean-Philippe Krasso (54e), passeur décisif. sur l’unique but du match, signé Mathieu Cafaro mardi (1-0, 59e). Ce succès n’a guère adouci l’air lourd du Forez. « Le climat était un peu hostile, et même si ce n’était pas un match décisif, cette victoire nous fait beaucoup de bien, insiste le capitaine stéphanois Anthony Briançon. La peur du vide est pourtant présente chez tous les supporters ce mercredi matin.

« Il n’y a pas qu’un monument en danger mais toute une ville, précise Hervé Boulanger. D’ailleurs, quand on voit ce qui se passe à la mairie, on se dit que tout Sainté est décidément en crise en ce moment. Néanmoins, pendant au moins une soirée, lors du voyage de retour à Montbrison mardi, Mathieu a pu faire croire à son fils que les propos de Monty avaient encore un sens en 2023. Et cela dépasse l’entendement. une finale de Coupe du monde à Sainté.





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